beranger
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Dure Mère
Je vois une bouche qui s’ouvre comme un trou noir Et qui n’a pas la force d’exhaler un cri Je crois voir un vieillard au visage ridé On me dit c’est un enfant, je n’en crois rien Bras et jambes squelettiques, ventre gonflé Qu’y a-t-il vraiment dans cette outre affamée ? Des yeux immenses de pure souffrance Accusation au-delà de tout pardon Demain quatre milliards de crève-la-faim Auront-ils seulement la force de rêver ? De rêver qu’ils mangent un riche bien gras Un riche bien gras, bien rose, jusqu’à en crever Lui casser le crâne, percer la dure-mère Boire jusqu’à la lie la bonne matière grise Intelligence d’où n’est pas…
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Combien ça coûte ?
Puisque la seule valeur qui vaille Dans cette fin de millénaire C’est la monnaie, la mitraille Le fric, le pèze, le numéraire Les avoirs et les pépettes La fortune, la grosse galette Le flouze et les picaillons Le capital et le pognon Dans ma grande naïveté Une question me préoccupe La nouvelle pauvreté Faut nous dire combien ça coûte Un kilomètre d’autoroute Superphénix réformé Un grand stade à footballer Combien ça coûte, une famille Pour qu’elle survive une année Juste en bouffant des lentilles Et en payant son loyer ? Combien ça coûte, la souffrance ? Combien ça pèse, la détresse ? Combien ça cote, l’indigence Dans notre beau pays…
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Ça doit être bien
Ça doit être bien D’être de quelque part D’en partir et puis d’y revenir Quand on est de nulle part On marcherait sur un plateau Le vent crierait, y aurait pas d’eau La nuit glaciale et le jour chaud Et puis enfin, six jours passés On arriv’rait dans la vallée En traversant le bois d’Roger En longeant l’champ d’Marie-Andrée C’est tout à fait comme autrefois La scierie coupe toujours du bois Ça doit être bien D’être de quelque part D’en partir et puis d’y revenir Quand on est de nulle part La scierie coupe toujours du bois Me voilà revenu chez moi Bien que les chiens, quand je passe, aboient…
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Avril 78
Un pays divisé trace ses frontières Les uns s’arment de peur, les autres d’espoir Demain nous donnera sa réponse claire Ceux d’avant, de toujours, seront encore maîtres Tripotant le pouvoir au fond des châteaux Technocrates savants nous changeant en robots Les promesses de mai ne sont plus que rêves Un rêve de dix ans, vieux c’est déjà vieux Demain nous donnera sa réponse claire Ceux d’en bas par millions ont-ils eu raison De changer les clameurs, les coups, la violence En petits bulletins dans une urne sans fond ? Si nos maîtres demain sont toujours les mêmes Qu’ils soient bons comédiens et bardés de flicaille Demain nous donnera sa réponse…
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Aux exclus
Je sais qu’tu flippes, l’ami Tout seul а te demander Quelles conneries t’as pu faire Pour en arriver lа Ton proprio te vire Ta femme se fait la malle Tes enfants ont la honte Et tes copains ricanent Tout le monde te fait croire Que t’es un bon а rien Que t’es pas un gagneur Que t’es pas un battant T’as du mal à penser Tu vas à la dérive Alors, tu penses au gaz Mais le gaz est coupé Ta dignité, l’ami Tu crois qu’elle est bafouée Car ta vie, tu l’as vouée А de fausses valeurs La morale du travail La productivité L’état et les patrons Leurs mensonges…
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Je pourrais dire
Je pourrais dire Que la femme que j’aime me trompe avec mes meilleurs amis Je pourrais dire Qu’une autre femme que j’aimais à tout jamais dans la mort est partie Je pourrais dire Qu’une autre encore que j’aimais ne m’a même jamais regardé Je pourrais dire Mais non, je ne vous dirai rien Car soudain le soleil se lève Et fait jaillir des cris d’enfants Car soudain le soleil se lève Et fait jaillir des cris d’enfants Car soudain le soleil se lève Et fait jaillir des cris d’enfants Car soudain le soleil se lève Et fait jaillir des cris d’enfants
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La gigue de la Reine
Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle fête !) On les a comptés par milliers (Ah, les belles manières !) Dans les av’nues et dans les rues En gabardine, en bleu marine Bien plus nombreux que les curieux L’œil aux aguets et soupçonneux Vive les souliers à clous ! Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle fête !) J’m’étais perdu bien par hasard (Ah, les belles manières !) Sur les Champs-Élysées glacés Par un matin du mois de mai Avec mon air décontracté Au milieu des milliers d’poulets Vive les souliers à clous ! Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle…
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L’alternative
L’alternative, c’est pas malin C’est la nuit noire ou le matin Le chant du vent ou le fracas Des rues, des villes abruties C’est de l’air pur à satiété Ou des poumons archi-troués Et nous là-d’dans qu’est-ce qu’on y fait ? Est-ce qu’on peut vraiment y changer Quelque chose ou laisser durer ? L’alternative, c’est pas malin C’est dire oui à un désir Ou d’un seul coup se voir vieillir C’est piétiner sa propre image Celle dont les autres vous encagent Ou faire continuer le mirage Et nous là-dedans qu’est-ce qu’on y fait ? On est comme des girouettes rouillées On n’sait plus comment s’orienter L’alternative, c’est pas malin C’est…
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Rêve ancien n°2
D’où me vient ce rêve-là dans la nuit Qui apaise pour un moment tous les cris Crevassant nos égoïsmes endurcis ? Et si c’était notre vraie vie Celle qu’on a mutilée et tuée ? Fraternel, mon rêve dit et redit : « Détruisez la citadelle nostalgie Regardez autre chose que vos nombrils » C’est bon et doux les autres, la vie Si on savait les voir et y croire Imagine sans rire de moi un instant L’improbable, incroyable, en même temps Ce rêve-là vécu par plein, plein de gens
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Sous les pavés
Y en a marre des évasions de frime Des grands espaces organisés Des vendeurs d’illusions subtils Qui font l’oubli à bon marché Qu’est-ce qui reste à nous gens des villes Avec nos corps atrophiés ? Nos grosses têtes sur nos cous graciles Et nos pieds qui savent plus marcher Ben nous, on a sous les pavés Sous les pavés la plage Faudrait seulement enlever les pavés Ben nous, on a sous les pavés Sous les pavés la plage Faudrait seulement enlever les pavés Y en a marre du fichage, du pointage Du flicage de l’identité Du considérable carnage Dans le cim’tière des libertés Qu’est-ce qui reste à nous les mutants…