Paroles

La gigue de la Reine

Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle fête !)
On les a comptés par milliers (Ah, les belles manières !)
Dans les av’nues et dans les rues
En gabardine, en bleu marine
Bien plus nombreux que les curieux
L’œil aux aguets et soupçonneux
Vive les souliers à clous !

Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle fête !)
J’m’étais perdu bien par hasard (Ah, les belles manières !)
Sur les Champs-Élysées glacés
Par un matin du mois de mai
Avec mon air décontracté
Au milieu des milliers d’poulets
Vive les souliers à clous !

Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle fête !)
J’me r’trouve entre deux gabardines (Ah, les belles manières !)
J’me suis souvent d’mandé pourquoi
On mettait les flics en civil
Puisqu’ils sont plus visibles, ma foi
Que s’ils n’avaient qu’une feuille de vigne
Vive les souliers à clous ! – C’est pas vrai d’ailleurs –

Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle fête !)
Y avait plus de circulation (Ah, les belles manières !)
J’avais un gros rhume des foins
V’là-t-y pas qu’soudain j’éternue
Et qu’ça résonne dans toute la rue
Dans le silence un grand tintouin
Vive les souliers à clous !

Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle fête !)
Un d’mes voisins en gabardine (Ah, les belles manières !)
Me dit : ”Qu’est-ce qui te prend, bon Dieu !
Tu peux pas être plus respectueux ?
Tu veux qu’j’te prête mon mouchoir
Pour essuyer ta gueule de poire ? »
Vive les souliers à clous !

Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle fête !)
Mon autre voisin en gabardine (Ah, les belles manières !)
Me dit : « La distinction, p’tit con
On va te l’apprendre pour de bon
Contrôle de l’identité
Pour voir si t’es bien enrhumé »
Vive les souliers à clous !

Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle fête !)
J’ai répondu un peu troublé (Ah, les belles manières !)
J’étais v’nu en républicain
Pour voir défiler nos symboles
Je n’ai vu qu’une bagnole noire
À cent à l’heure sur les boulevards
Vive les souliers à clous !

Quand la reine est venue chez nous (Ah, la belle fête !)
N’allez pas croire, mes bons amis (Ah, les belles manières !)
Qu’j’en veuille à Queen Elisabeth
Avec tous ses soucis d’argent
Ni à notre bon Président
Qui aime un peu trop les agents
Vive les souliers à clous !