beranger
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Twist des clés
Y a les clés des prisons, bien sûr Y a les clés des voitures, c’est con Y a la clé de la clé de l’armoire des clés Où qu’j’ai mis mon trousseau d’clés Celui avec le porte-clés Celui sans qui tout va s’arrêter Y a la clé de l’armoire, pour boire Y a la clé du tiroir rouillée Précieuse entre toutes, y a la clé des cabinets Y a les clés en main Qui nous mettent sous clé N’oubliez pas d’en consommer Y a la clé des champs, c’est grand Y a la clé anglaise, c’est mode Y a la clé des coffres de chez Rothschild Y a l’ecclésiastique, c’est…
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Tous ces milliers de kilomètres
Pour nous, partir n’est plus partir On a sa maison dans sa tête Le paysage, faut qu’il défile Derrière les vitres d’une bagnole On ne s’arrête pas plus d’un soir De peur de prendre racine Tous ces milliers de kilomètres Toutes ces routes parcourues Tous ces visages dans la pénombre Tous ces visages d’inconnus Tous ces visages qui n’en font qu’un Et qu’on finit par bien connaître S’ils sont venus c’est qu’il faut croire Qu’on a quelque chose en commun Qu’on est pareils, ni plus ni moins Qu’ils viennent entendre leur propre chant Les gens qui viennent sont comme des portes Les uns ouverts, les autres fermés Les uns viennent…
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Qui est donc responsable ?
Qui est donc responsable Des maux qui nous accablent ? Nous allons vers le pire L’apocalypse vient Cessons de nous mentir Ouvrons enfin les yeux Nos yeux couverts d’écailles Sous des paupières de plomb Les temps ne sont plus d’adorer les vieux dieux Les vieux dieux bidons, pleins d’amour et d’eau fraîche L’amour c’est la fesse et l’eau fraîche est polluée Dans l’église désertée on se hait Qui est donc responsable Des maux qui nous accablent ? Dans nos villes détestables L’hydrogène sulfuré A chassé l’air des rues Et la peur est palpable Nos apprentis sorciers Atomisent en secret Pendant ce temps-là nos médias nous distillent À longueur d’antenne les…
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Mamadou m’a dit
Mamadou m’a dit, Mamadou m’a dit : On a pressé l’citron on peut jeter la peau Mamadou m’a dit, Mamadou m’a dit : On a pressé le citron on peut jeter la peau Les citrons c’est les négros tous les bronzés d’Afrique Sénégal, Mauritanie, Haute-Volta, Togo, Mali Côte d’Ivoire et Guinée, Bénin, Maroc, Algérie Cameroun et tutti quanti, Cameroun et tutti quanti Les colons sont partis avec des flonflons Des discours solennels des bénédictions Chaque peuple c’est normal dispose de lui-même Et doit s’épanouir dans l’harmonie Une fois qu’on l’a saigné aux quatre veines Qu’on l’a bien ratissé et qu’on lui a tout pris Les colons sont partis, ils ont…
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Ma fleur
Réprimez-moi si vous voulez A cause de mes cheveux trop longs A cause de ma gueule arrogante Au passage des cars de poulets Donnez-moi des coups de pied dans l ́fion Des coups d’bidule dans les roustons Puis enfin, traitez-moi de tante Faites-moi une tête bien rasée Comme les nazis en l’an quarante Vous n’aurez pas ma fleur Celle qui me pousse à l’intérieur Fleur cérébrale et fleur de cœur, ma fleur Fleur de cœur, ma fleur Vous êtes les plus forts Mais tous, vous êtes morts Et je vous emmerde! Réprimez-moi si vous voulez Pour avoir essayé d’aimer Sur les pelouses interdites Hors des institutions sacrées Sacré nom de…
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Le téléphone
Le train cahote, le froid grelotte Le sommeil ne m’a pas quitté Les aiguillages font un carnage De cris de fers écartelés Je suis toujours dans ma nuit Lové dans le ventre de mon lit Toi seule pouvais me réveiller En me disant des mots secrets Qui maintenant pourrait bien me chanter La musique de nos matins ? Qui maintenant pourrait bien ressembler A ton corps contre le mien ? Le téléphone n’a pas sonné Pourquoi n’as-tu jamais appelé ? Je suis resté immobile et muet A t’espérer pendant des journée L’usine résonne, je me cramponne À des images du temps passé Les heures flemmardent, le temps s’attarde Quand donc…
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Le balayeur d’Amérique
Je suis un simple balayeur Dans une petite ville d’Amérique Je viens de voir le gouverneur Qui sortait de chez le coiffeur Avec son gros cigare Salut, mon pote le gouverneur Hier soir, j’ai slurpé ta sœur Derrière la gare des autocars On en reparlera ce soir Dans ta belle demeure Il faut vous dire que depuis dix ans à la même heure Je vais souper tous les lundis chez le gouverneur Je suis un drôle de voyageur J’connais toute la planète par cœur J’ai vu Hong-Kong, San Francisco Dublin, le Cap et Toronto Et la Nouvelle-Zélande Dans les cinés, à la télé Dans les bouquins à six cents balles…
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Joue pas avec mes nerfs
Joue pas avec mes nerfs, j’ai un flip de travers Une arête dans l’gosier, j’peux plus respirer Plein de trucs me sidèrent, j’ai beau dire, j’ai beau faire Parfois je me réveille et je m’dis : Pour quoi faire ? Le vieux monde s’essouffle, il court après sa queue Il pédale dans l’yaourt, se noie dans la choucroute Le Shah se fait chasser, il part en pleurnichant Avec des milliards ramassés dans le sang On aurait dû le pendre à un croc de boucher Le Shah se fait virer par un vieux puritain Sorti du Moyen-Âge, lançant des anathèmes Planqué près de Paris et le bon peuple l’aime Le rêve…
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Evidence
Au bout du village, un cirque sans âge montre des bêtes en souffrance De leur prison sale, l’air ammoniacal distille ses pestilences Les yeux affligés des bêtes encagées me racontent l’indécence Des enfants battus, des amours foutus, des blessures à l’innocence Bientôt la fin du voyage qui n’a duré qu’un instant Qu’est ce qu’elle dit la vie ? Quel message juste avant le grand passage? Au-delà des manigances, des victoires et des défaites Du fond de mon sac, en habit de fête, surgit la belle évidence Le seul voyage qui vaille la peine, car des peines il y en a Quel que soit ton âge, quelle que soit ta veine,…
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Difficile à dire
On voudrait s’asseoir et puis soudain tout oublier Planer dans les mots, décoller dans les harmonies S’envoyer en l’air sur le dos des chansons Mais les mots sont des pièges qui nous parlent de la vie La vie, cette bête inquiète qui va du rose au gris La chose faiseuse d’angoisses et de joies insensées Alors faites comme vous voudrez Dormez ou restez éveillés Agrandissez vos oreilles Enclenchez l’imagination Nous, on est des tâcherons à dire des mots, à faire des notes Cent fois sur le métier nous polissons la même image Sans savoir comment, ni où, finira notre ouvrage Mais une seule chanson si la magie veut bien venir…